Estine: Créer une bande dessinée aussi volumineuse implique de passer énormément de temps à dessiner. J’ai pu me rendre compte de mes progrès techniques de semaine en semaine, ça a été presque magique.
J’ai dû trouver des astuces graphiques pour alléger le temps de travail, rythmer et laisser respirer. Sur une des scènes il m’a été impossible de dessiner un décor, car la tension entre les personnages me bousculait trop pour pouvoir dessiner quelque chose d’aussi trivial que des murs, des fenêtres et des meubles. J’ai alors développé une boîte-à-outil graphique constituée d’aplats de noirs, de hachures, et de motifs, afin d’habiller les vides, de renforcer la profondeur, d’amplifier les émotions des personnages et d’enrichir mon dessin à la plume.
Initialement, j’avais le projet de colorier la BD à l’aquarelle, mais n’ayant pas de maison d’édition prête à soutenir ce travail immense, nous avons fait le choix de la réaliser en noir et blanc. Il m’a donc été précieux de m’appuyer sur des références comme Persepolis de Marjane Satrapi, qui m’ont rassurée sur le fait que le noir et blanc peut porter des récits forts et marquants, et peut même renforcer leur puissance narrative et visuelle. Je pense que la lecture de Brune et la Nuit sera aussi bien rythmée par la plume tendre et incisive de Violette que par mes illustrations. L’image n’a pas besoin d’être spectaculaire ou saturée de détails pour être juste : une certaine économie de moyens permet de mieux servir la poésie des mots et de raconter plus librement l’errance.